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VINCENT SAFRAT : L'ÉDITEUR AU GRAND COEUR

 

Vincent Safrat

Des bouquins à 0,75 euros !!! C'est le pari (ou la vocation) d'un éditeur hors du commun pour faire découvrir la littérature à TOUS les enfants. Une très belle histoire qui après quelques années de labeur, connaît le succès qu'elle mérite, pour un homme dont l'intelligence du cœur rend le monde meilleur !! 

Son association "Lire c'est partir" est un pied de nez à l'économie, une belle leçon pour ceux qui penseraient naïvement que la réussite serait synonyme de bénéfices ou d'aisance matérielle !! Mais c'est de l'homme dont cette fois je voulais qu'on parle. Merci à lui d'être ce qu'il est et merci de la part de tous ceux qui, grâce à lui, on découvert la magie "d'entre deux pages "!

Pour soutenir son action remarquable, et pour offrir à vos enfants le plaisir de lire, je vous invite vraiment à découvrir son site  ou vous pourrez y dénicher des œuvres d'auteurs du 19ème siècle, tombés dans le domaine public, de jeunes auteurs, mais aussi des auteurs comme Agnès Rosenstiehl, Françoise Sagan, Thérèse Roche, J.MG Le Clésio, ou Alexandre Jardin qui, emballés par le projet, lui ont proposé des textes inédits ou lui confièrent leurs ouvrages épuisés. Une idée de cadeaux pour Noël ou pour rien, comme ça, pour le plaisir... pour une action sensée à encourager !

 

Pour en savoir plus...

Portrait - Vincent Safrat - Au nom de la prose
Source: Le Point.fr - Publié le 24/01/2007

Vincent Safrat s'est découvert sur le tard une passion : la lecture. Et il n'a de cesse de la transmettre aux enfants. Alors, il imprime de petits livres - pas plus de 160 pages - qu'il vend 4 francs  (aujourd'hui 0,75 euros) et distribue lui-même. Et les enfants en redemandent.. 

L'histoire pourrait commencer ainsi. Dans une cité grise d'une banlieue populaire, au sud de Paris, par un bel après-midi d'hiver, Vincent Safrat gare sa voiture au pied d'une barre HLM, devant la maison de quartier, baptisée « Coluche ». Un carton dans les bras, il grimpe les escaliers, pousse la porte de la ludothèque et sort de son colis une pile de livres qu'il dépose sur une petite table. Timidement, les enfants s'approchent, lorgnent les ouvrages et, peu à peu, se mettent à les feuilleter... « Il a l'air bien, celui-là, s'exclame une fillette. Ça parle des animaux... - Tu peux le prendre, il est à toi », l'encourage Vincent en lui tendant le livre.

Grand, épaules larges, les yeux noirs et le sourire engageant, Vincent Safrat transporte depuis maintenant sept ans du rêve dans les cités. Au volant de sa petite camionnette blanche emplie de romans, fables, contes, poésies, il va partout, même dans les quartiers où la police craint désormais de s'aventurer. Vincent Safrat a un credo : offrir la lecture à celles et ceux qui n'y ont pas accès. Et il a de l'enthousiasme pour cent. Ce jeune homme de 38 ans à l'allure de Pierrot lunaire est un combattant des mots. Une sorte de missionnaire, au nom de la prose.

La conversion s'est faite sur le tard. Avant l'âge de 20 ans, Vincent ne lisait pas, rien, pas une ligne - « pas mon truc ». Un jour, par hasard, voilà qu'il tombe sur « L'éducation sentimentale » de Gustave Flaubert... C'est une révélation, le mot n'est pas trop fort. « J'aimais ce ton, il me parlait tout de suite. Ce roman portait une haine des bourgeois dans laquelle je me retrouvais. » Naissance d'une passion. Vincent épluche tout Flaubert, sa vie, son oeuvre... Puis avale Stendhal, Maupassant, Zola, Balzac. Et les Américains, Steinbeck, Hemingway, Kerouac... On ne peut plus l'arrêter : « Je me suis mis à dévorer des bouquins comme un fou. » Aujourd'hui, les livres, Vincent Safrat en parle avec gourmandise, le regard pétillant, les mains en mouvement... Ce type ferait un malheur chez Pivot. « Tolstoï, quand même ! C'est tellement vivant... En ouvrant " Guerre et paix ", tu as l'impression d'ouvrir une petite boîte d'où des personnages surgissent comme par enchantement... »

Le bonheur est dans le livre. Vincent avait arrêté ses études avant le bac, à 19 ans, il traînait de petit boulot en petit boulot sans trop se soucier du lendemain... A 26 ans, déclic : le jeune homme idéaliste et nonchalant se jette à l'eau. « Le parrain de ma copine m'a prêté une offset, raconte-t-il. J'ai emprunté de l'argent à mon père et commencé à imprimer de petits livres au format paquet de cigarettes. » Le voilà qui « édite » son cher Flaubert, et Maupassant, Stendhal, Sand, plus quelques « poésies rigolotes » de son cru. Au total, huit mini-livres fabriqués de manière artisanale à 500 exemplaires et qu'il diffuse lui-même dans le voisinage. Vincent est devenu accro aux mots. En 1992, il publiera même aux Editions des Belles Lettres un roman, « Marie, du côté de chez Sagan ». « L'histoire d'une femme de ménage banlieusarde qui n'a rien dans sa vie, excepté une passion immodérée pour les livres de Françoise Sagan, résume-t-il. Un jour, elle tombe par hasard sur l'un des héros, lequel lui explique que tous les personnages de fiction existent dans la réalité... » Essai non transformé. « Je tâtonnais, je cherchais un style. La vie d'écrivain ne me plaisait pas. C'est trop solitaire. » Et Vincent vient d'avoir une autre idée.

« Quand j'ai appris que les livres invendus finissaient au pilon, dit-il, j'ai téléphoné à toutes les maisons d'édition. Je me présentais ainsi : " Voilà, je suis un petit éditeur, je voudrais récupérer vos ouvrages pour les donner gratuitement au porte-à-porte dans des cités de banlieue à des gens qui ne lisent pas. " » Pendant six ans, Vincent Safrat va remuer ciel et terre, démarcher éditeurs, mairies, éducateurs et écumer, ses livres à la main, les barres HLM, cages d'escalier et maisons de quartier autour de chez lui, dans l'Essonne - il est né à Juvisy. « En moyenne, nous donnions 10 000 bouquins par mois, explique-t-il. Chacun était acheté 1 franc par les municipalités. » Quelques éditeurs (Albin Michel, Presses Pocket, Disney, les Editions des Femmes, notamment) acceptent de l'accompagner dans cette aventure. Mais pas assez. Dur, dur de mobiliser... Vincent finit par s'essouffler. Au bout de six ans, il n'a pratiquement plus de livres à donner. Retour à la case départ.

Vincent Safrat crée alors une association loi 1901, joliment baptisée Lire, c'est partir (1), pour publier des petits livres vendus 4 francs et destinés aux enfants de moins de 10 ans. Il joue sur les gros tirages (20 000 exemplaires pour chaque titre ; pas plus de 160 pages). « Recycle » des classiques tombés dans le domaine public ou des textes d'auteurs contemporains non réédités en leur donnant une nouvelle jeunesse par l'illustration et la maquette. La promotion ? Le bouche-à-oreille. Les réseaux de distribution ? Les écoles. Vincent contacte les inspecteurs d'académie, lesquels font passer le message aux établissements ; et il livre sa production en sillonnant la France. Résultat, des frais réduits à la portion congrue. Sur les 800 000 francs de budget annuel, l'essentiel (700 000 francs) va à l'imprimeur, le reste est pour les auteurs et les illustrateurs. Ce marginal de l'édition se contente d'un maigre salaire. De toute façon, l'homme préfère les nourritures spirituelles aux richesses matérielles. « Je suis plus utopiste que consommateur. »

Sa recette ? Système D et imagination. Notre homme traque les oeuvres inconnues d'écrivains célèbres et monte de petits « coups » qui ne coûtent rien, ou presque, comme les fables de La Fontaine et d'Esope (leur inspirateur) publiées en parallèle ; ou encore « La cigale et la fourmi » revue et corrigée par des auteurs modernes... « Le problème n'est pas tellement d'avoir des textes, note Vincent Safrat. D'abord, comme je vends hors commerce, les éditeurs me cèdent plus facilement les droits de reproduction. Ensuite, les auteurs sont beaucoup plus nombreux qu'on peut le croire à accepter de participer. Et puis, si l'on me dit non, tant pis, je vais voir ailleurs... L'essentiel est d'avoir un texte valable et, surtout, de maintenir le prix à 4 francs. »

Pari tenu. Après un an d'exercice, les éditions Safrat annoncent un bilan plutôt prometteur. Imprimés en janvier 1998, les 400 000 premiers exemplaires (20 titres) sont pratiquement écoulés. En octobre dernier, une seconde série a été tirée (19 titres supplémentaires). Le jeune homme qui aime tant les livres poursuit ses rêves. Il n'en manque pas. « Ce serait marrant, un jour, s'amuse- t-il, d'apporter chez les gens toute une bibliothèque. On y mettrait côte à côte un conte, un polar, un roman de science-fiction... » Flaubert aurait apprécié.

 
Aujourd'hui, son association, toujours en expansion, est plus que jamais salvatrice et les nombreux commentaires sur son site reflètent particulièrement bien les qualités de cet homme et de ses engagements ! Vous pouvez le découvrir en vidéo et, au risque de me répéter, je vous re-invite à visiter son site ! Vous venez te trouver votre idée cadeau pour les fêtes de Noël !!
 
 

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